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Ecoutez l'interview sur France Info de Nadim Saadeh, entrepreneur et DG de TechTrend, cinq mois après son départ précipité de Kyiv

Le 24 février 2022, quelques heures après le retentissement des premières frappes sur KievNadim Saadeh, un entrepreneur français, se décide à fuir la capitale ukrainienne avec une dizaine de compatriotes expatriés. Direction la Pologne. Leur périple pour rejoindre Varsovie a duré 36 heures. 

"Sur la route, c'est vraiment une scène qu'on n'aurait pas imaginé. Des embouteillages monstres. Des gens qui partent en marchant avec des sacs à dos et des bagages. Des convois militaires ukrainiens allant vers Kiev, c'est une très profonde tristesse" raconte-t-il alors depuis la voiture où il se trouve ce matin-là.  

L'entreprise de Nadim Saadeh, Tech Trend, spécialisée en ingénierie et installations électriques, est implantée en Ukraine depuis 2016. Il a dû se préparer en 45 minutes, ranger son appartement, faire une petite valise le jour du départ, la plupart des 80 employés sont restés. Huit d'entre eux sont sur le front. À la mi-juin. Il est retourné à Kiev en passant de nouveau par la Pologne. 

 

"Je suis retourné le 16 juin pour une dizaine de jours. Premièrement pour récupérer mes affaires personnelles. Sans angoisse, ni peur, au contraire, avec beaucoup d'enthousiasme."

Nadim Saadeh 

sur franceinfo

"Quand votre vie a basculé du jour au lendemain, vous avez envie le plus rapidement possible de revenir, de retrouver ce que vous avez perdu. Premièrement, mes collègues avaient besoin de me revoir psychologiquement. Quand vous avez à côté de vous votre patron qui vient, qui vous soutient, qui vous dit nous sommes toujours là et nous allons continuer. Ce n'est pas simplement envoyer un message ou les appeler au téléphone. Là, physiquement, j'étais avec eux. Nous avons fait un point, nous avons discuté de vive voix, nous sommes allés au restaurant, on a bu du vin, on a vu de la bière, on a un peu 'fait la fête' , histoire de se redonner un peu le moral et c'est très important. Mais en fait, je n'avais aucune angoisse. J'entendais les sirènes et voilà." déclare Nadim Saadeh. 

Interrogé sur la situation économique et l’avenir de son entreprise, il a d’abord une pensée pour ses équipes avec qui le contact est quotidien et permanent depuis le début de la guerre, "Mes équipes, je ne les ai pas vraiment quittées et je prenais de leurs nouvelles. Je ne les ai jamais laissé tomber financièrement. Donc nous avons continué à les rémunérer jusqu'au jour d'aujourd'hui. Financièrement, comment on s'en sort ? On se réorganise et ce n'est pas facile pour moi, du jour au lendemain, de renoncer et de dire. Bon, allez, je ferme tôt, je tourne la page. Et c'était très important pour moi de reprendre l'activité le plus tôt possible. C'est vrai que le mois de mars était très difficile. Psychologiquement, c'était très difficile parce que nous avons nos entrepôts à côté de Kiev. Et tous les matins, en me levant, je me disais si jamais nos entrepôts étaient bombardés, je finirai SDF. Donc là, on est reparti. On ne va pas dire de zéro, mais presque à quelque chose à rebâtir à nouveau, à faire un peu travailler tout le monde, mes gens qui sont restés en Ukraine et de nouvelles équipes en France." dit Nadim Saadeh.

Kiev continue à vivre

Nadim Saadeh a été attristé de constater à quelle point la ville de Kiev avait changé depuis le début de la guerre : "Quand on arrive à Kiev actuellement, il n’y a pas beaucoup de voitures dans les rues, donc les rues sont vides. Dans quelques quartiers, il y a des traces des bombardements russes. Mais les gens dans la rue marchent, sourient, discutent. Les gens qui sont restés, en fait, ils vivent au mieux de ce qu'ils peuvent." L’entrepreneur se pose la question d’un retour à Kiev à l’avenir mais hésite, "Je ne sais pas. Aujourd'hui, je développe mon activité le mieux que je peux à Paris. Vivre à Kiev, c'est quelque chose que j'aimerais bien parce que j'ai passé deux ans presque à temps complet à Kiev et c'étaient de très belles années. Mais je tiens absolument à prendre part à la reconstruction et je fais tout dans les contacts que j'aiavec mes connaissances à Kiev et mes connaissances en France, mes connaissances professionnelles pour commencer à mettre à mettre quelque chose sur pied, pour que nous soyons prêts le jour ou la guerre s'arrêtera et que nous pourrions repartir."  clame Nadim Saadeh .

S’il avait été plus jeune, Nadim Saadeh se serait engagé sur le front, "Si j'avais 20 ans ou 25 ans de moins, oui, absolument. Pour soutenir un pays qui est agressé et qui se bat pour nous. Quand je dis nous, nous les hommes libres, c'est un combat qui nous concerne tous et qui est très important pour moi. Vous savez, dès la première minute, j'avais hésité à quitter Kiev parce que dès le début, je n'ai pas cru que les Ukrainiens seront vaincus facilement, comme tout le monde le pensait. Je vivais là-bas, je voyais les gens et je sentais qu'ils avaient l'envie de résister. Et la deuxième chose? Et ça, c'est quelque chose qui est très psychologique et auquel je crois. La liberté est une drogue. Quand on y goûte, on ne peut plus s'en passer." conclut Nadim Saadeh  

En tant qu'entrepreneur, Nadim Saadeh a droit et attend encore des aides du gouvernement français. En attendant, il suit heure par heure la situation sur le terrain militaire et réfléchit à un autre aller-retour en Ukraine en septembre.

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