Interview

Interview avec Ruslan Prykhodko, Vice-ministre des Affaires des anciens combattants d’Ukraine

PARTIE 1. Vue d’ensemble stratégique et intégration des anciens combattants

 

— Quelle est l’ampleur réelle du défi : combien d’anciens combattants le Ministère accompagne-t-il aujourd’hui, quelle proportion nécessite une réhabilitation globale, et à quoi doit se préparer une entreprise étrangère souhaitant s’impliquer dès maintenant ?

Je commencerai par les bases. Le Ministère des Affaires des anciens combattants d’Ukraine met en œuvre une politique à l’égard de plusieurs catégories : les participants aux combats de toutes les périodes et de toutes les guerres auxquelles ont pris part des citoyens ukrainiens, ainsi que les étrangers et les apatrides servant dans nos forces de sécurité et de défense ; deuxièmement, les vétérans de guerre ayant été blessés ou handicapés à la suite de leur participation aux combats ; les membres des familles de vétérans et de vétéranes décédés, ainsi que les membres des familles des défenseurs et défenseures tombés pour l’Ukraine ; les participants victimes de la Révolution de la Dignité et les membres des familles des Héros de la Centurie Céleste. Nous menons également une politique à l’égard des civils ayant participé aux combats ou ayant été blessés lors de cette participation, ce que l’on appelle les volontaires, qui obtiennent ensuite exactement le même statut : vétéran de guerre, ou vétéran de guerre en situation de handicap résultant de la guerre, ou encore familles de volontaires décédés. Sont également concernées les personnes civiles ayant subi des blessures, traumatismes ou commotions à la suite de l’agression armée de la Fédération de Russie, de traumatismes liés aux mines et engins explosifs, de frappes aériennes et de bombardements, etc. Les civils obtiennent donc aujourd’hui eux aussi les statuts correspondants. Voilà pour les catégories. Il est évident que le principal foyer de la politique en faveur des anciens combattants — et non de la politique de protection sociale — se concentre directement sur les événements de la guerre russo-ukrainienne depuis 2014.

Sur cette période, l’Ukraine compte aujourd’hui plus de 1,8 million de participants aux combats. Il est très important de prendre en compte la population totale de l’Ukraine à l’heure actuelle. Si l’on parle de chiffres, ils sont dynamiques, mais le pourcentage ne cesse évidemment d’augmenter : une partie de la population migre, des civils quittent parfois l’Ukraine, tandis que le nombre de personnes engagées dans la guerre augmente, sous l’effet notamment du processus de mobilisation. Pour être plus précis : nous recensons 1 810 000 vétérans de guerre — participants aux combats et vétérans en situation de handicap résultant de la guerre. Et plus de 225 000 membres de familles de personnes décédées. Il est important de souligner que ce chiffre n’est pas directement lié au nombre de morts : une même personne peut avoir cinq ou huit membres de famille.

S’agissant de la réhabilitation globale, il faut tenir compte de l’élément suivant. Nous parlons aujourd’hui de réhabilitation dans le domaine des soins de santé et de réhabilitation psychologique. Et, malheureusement, personne ne comprend encore pleinement le phénomène de la guerre ni les conséquences qui nous attendent. Mais ce qui est certain, c’est qu’à l’heure actuelle, tout vétéran de guerre a besoin, d’une façon ou d’une autre, d’une aide médicale ou psychologique. La question est de savoir dans quelle mesure, pour quelles pathologies, etc. Et le second point, malheureusement très préoccupant, est la complexité des traumatismes de combat en général. Compte tenu de l’évolution du visage de la guerre liée à son caractère hautement technologique, nous observons des traumatismes complexes et combinés, souvent associés à des amputations simples ou multiples, accompagnées parallèlement de troubles sensoriels, de pertes de la vue ou de l’ouïe. Sans oublier la question des états cliniques sévères des patients, soins palliatifs, soins médicaux de longue durée , l’un des défis les plus sérieux auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui.

— Quelles sont les priorités clés du Ministère et les défis les plus critiques en matière de réintégration médicale et sociale ?

Le système général de prothèses en Ukraine, le système général de réhabilitation, le système général de soins palliatifs — leur architecture et leur philosophie ont toutes été conçues et développées dans un contexte civil, non militaire. Si l’on prend l’exemple de la prothèse, on voit comment le système est organisé : les établissements médicaux assurent les interventions chirurgicales et les amputations proprement dites, tandis que les organisations civiles prennent ensuite en charge la pose des prothèses et la réhabilitation primaire. Les établissements de soins de santé assurent ensuite la poursuite de la réhabilitation des vétérans de guerre.

D’où vient ce problème ? Historiquement, les personnes qui se faisaient appareiller dans notre pays souffraient de maladies générales — comme le diabète, qui entraîne des amputations, mais des amputations programmées de membres. La nature du traumatisme est ici différente de celle d’un traumatisme par mine ou engin explosif. Premier point. Deuxième point : la difficulté tient au fait que les blessures graves sont dans la grande majorité des cas des traumatismes combinés, accompagnés de traumatismes psychologiques qui ne peuvent pas toujours être identifiés simultanément à chaque stade.

Nous travaillons donc actuellement sur plusieurs axes. Premièrement : le développement du réseau de santé mentale de notre État. Les vétérans en sont évidemment la priorité, ainsi que leurs familles, elles aussi traumatisées par la guerre et ses conséquences, avec des types de traumatismes variés — traumatisme du deuil pour les familles de personnes décédées, traumatisme de l’incertitude et de l’attente pour les familles de disparus dans des circonstances particulières ou retenus en captivité par la Fédération de Russie. De plus, une étude a récemment été réalisée sur les conséquences de la guerre pour les enfants de militaires et de vétérans — dans quelle mesure la participation des parents aux combats affecte traumatiquement le psychisme et la vie des enfants. Les résultats sont très clairs sur les difficultés qui surviennent : phénomènes de harcèlement, stigmatisation de ces enfants, en particulier ceux dont les parents sont tombés au combat, etc. Il faut travailler sur ces questions : elles aussi sont sources de traumatisme.

De même en ce qui concerne les soins palliatifs : la conception générale du palliatif dans notre pays se limitait aux six derniers mois de vie, à couvrir pour permettre à la personne de finir sa vie dignement. Or nous recevons aujourd’hui des vétérans et des militaires atteints de traumatismes spinaux, de nombreux traumatismes combinés et en état clinique grave. Le système général est conçu pour un autre type de problème. C’est pourquoi notre ministère a récemment lancé, au niveau d’un programme gouvernemental, un projet de soins médicaux de longue durée, dont la durée n’est pas limitée dans le temps et est déterminée exclusivement par l’état du patient — scores de 20 et 30 sur l’échelle de Barthel. Nous voyons comment certains établissements, avec des approches et modèles modifiés de prestation de services de réhabilitation pour ces patients complexes, parviennent à remettre sur pied des personnes ayant un poids de 35 kg dans un état très grave, et à leur rendre une vie active — mais cela suppose un changement de modèle. Nous transformons donc la logique des services : les traumatismes combinés et de combat ont une nature et un caractère différents, avec des conséquences différentes, et requièrent des approches différentes. Nous modifions la logique des services, les normes pour les traumatismes de combat, le contenu des packages, et nous cherchons à changer l’approche à tous les niveaux pour obtenir des résultats.

Quel est notre principal défi aujourd’hui ? La vie et la santé des citoyens ukrainiens — et plus particulièrement des défenseurs et des défenseures — ne sont plus une simple déclaration : elles ont réellement le prix le plus élevé pour l’État. Sur le plan stratégique, notre objectif est de rétablir chaque personne, quelle que soit l’état dans lequel elle rentre de la guerre. Et le nombre de cycles de réhabilitation nécessaires peut, dans certains cas, signifier une réhabilitation tout au long de la vie.

Parallèlement, s’agissant des prothèses, notre position est que cela doit être un service unique, continu et sans rupture, assuré par une seule équipe multidisciplinaire, de l’intervention chirurgicale et de l’amputation jusqu’à la fin de la réhabilitation primaire après la pose de la prothèse. Il doit y avoir une équipe unique qui planifie, met en œuvre, accompagne et conduit jusqu’à un résultat concret. Et une chaîne de responsabilité claire quant à l’efficacité de cette politique.

Aujourd’hui, nous transformons toute la philosophie de l’accessibilité dans notre État. Je souligne ce point parce que ce sont des écosystèmes interconnectés. Nous faisons évoluer l’ensemble de la politique nationale en créant des opportunités pour les personnes en situation de handicap. La philosophie est en train de passer du modèle soviétique — où le terme « invalide » équivalait à un verdict définitif — à celui de la personne ayant des limitations qui peuvent être compensées par des dispositifs, des aides, des technologies d’assistance, dans une société et un État pleinement inclusifs. Non plus un ghetto pour les personnes handicapées, mais un accès et des opportunités égaux. Nous menons aujourd’hui une politique systémique à tous les niveaux pour y parvenir.

À titre d’exemple : ces cinq dernières années, nous avons vu à quelle vitesse le secteur des prothèses s’est développé, à quel point l’efficacité technologique des dispositifs prothétiques et des aides à la réhabilitation a progressé. Nous nous inspirons de l’expérience de nombreux pays. Ce qui nous manque aujourd’hui, ce sont les technologies nouvelles liées aux aides techniques et à tout ce qui doit compenser les fonctions perdues. Cela inclut le travail avec les vétérans ayant une perte totale ou partielle de la vue. Nous avons mis en place un système de réhabilitation à trois niveaux pour ces vétérans, en intégrant les normes dans un programme d’État. Nous définissons comme point final de la phase primaire de réhabilitation l’état dans lequel une personne ayant perdu totalement la vue est en mesure de trouver et louer un logement de manière autonome, de trouver un emploi et de se rendre au travail.

Dans ce cadre, nous développons différents domaines. Par exemple, le sport des vétérans de guerre est désormais reconnu par la loi comme un domaine à part entière. Avec plus de 300 000 vétérans activement engagés dans ce secteur, nous voyons combien de vétérans amputés participent à des événements sportifs. C’est aussi un défi pour le secteur prothétique : plus les vétérans s’engagent dans un mode de vie actif et dans le sport de haute intensité, plus la demande en fonctionnalité et en performance technologique des dispositifs prothétiques augmente.

De plus, nous avons récemment introduit un nouveau service : l’habilitation. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à la personne à vivre dans de nouvelles conditions physiques ou à compenser une fonction, mais de lui apprendre à vivre en harmonie avec elle-même et à vivre confortablement. Cela permet à nos vétérans de retourner à une vie active, de retrouver leur stabilité psycho-émotionnelle et leur confiance en leurs propres capacités. Et cela crée un nouveau défi : celui de faire des vétérans en situation de handicap des membres à part entière et actifs de la société, des acteurs de la vie économique et socio-politique de l’État. Cela génère alors une demande considérable en matière d’accessibilité des infrastructures et de fourniture de moyens de transport.

S’y ajoute l’adaptation du logement aux exigences d’accessibilité. Ce sont les défis d’aujourd’hui qui nécessitent des solutions technologiques. Je vois de nombreuses entreprises introduire des innovations, y compris pour les mobiliers adaptés. L’inclusion ne signifie pas séparer les uns des autres — elle consiste à créer un accès pour tous. Il faut également prêter attention à la politique d’emploi des personnes handicapées et à l’aménagement des postes de travail. L’État encourage fortement les employeurs à recruter des personnes handicapées et notamment des vétérans de guerre, en prenant en charge les frais de réaménagement des postes de travail. De nombreuses mesures ont déjà été prises pour que tout cela fonctionne concrètement sur le terrain.

— Quels mécanismes de coopération existent aujourd’hui pour les entreprises étrangères, notamment françaises, souhaitant s’impliquer ?

Je ne gère pas la politique économique, je regarde donc le processus à travers le prisme de mes propres fonctions. Mais voici ce que je propose personnellement à de nombreux partenaires, et c’est un bon fil conducteur pour les amis français en particulier.

Au début de l’invasion à grande échelle, notre gouvernement a parcouru toute l’Europe dans le cadre d’une « diplomatie médicale » à la recherche de solutions. Nous avons constaté que les équipes de réhabilitation multidisciplinaires sont très peu nombreuses dans les pays européens, car aucun d’eux n’avait été confronté à un tel défi. Au départ, des partenaires européens venus des meilleures cliniques se rendaient en Ukraine pour aider et former nos médecins. Aujourd’hui, c’est l’inverse : de nombreuses équipes d’Europe viennent se former dans nos établissements de soins de santé, en travaillant et en opérant aux côtés de nos médecins, car ce type d’expérience et de savoir-faire ne peut s’acquérir pratiquement que chez nous.

L’Ukraine est aujourd’hui un terrain d’intérêt européen. Un grand nombre d’entreprises de divers pays du monde sont en dialogue avec nous sur l’installation d’équipements médicaux et autres dans les centres créés pour la réhabilitation de nos vétérans. C’est une plateforme de présentation idéale, visitée par des partenaires du monde entier, et une opportunité de tester de nouvelles technologies. J’ajouterai que l’expérience acquise en travaillant en Ukraine bénéficiera aussi au développement technologique des secteurs correspondants en France même. C’est une victoire partagée.

S’agissant des prothèses, la situation est relativement claire. Notre marché est ouvert, et tout fabricant prêt à garantir la qualité y trouvera sa place. Mais je parlerais tout particulièrement des aides à la réhabilitation et des technologies d’assistance — c’est ce qui nous fait le plus défaut aujourd’hui.

Prenons le sport des vétérans de guerre. Le sport adapté n’a jamais existé en Ukraine : si tu étais handicapé, c’était un verdict. Désormais, quelle que soit ta condition physique, tu as accès à n’importe quel sport. Plus de 300 000 vétérans sont activement engagés dans le sport, nous avons intégré activement la communauté des Invictus Games. Et imaginez : à Kyiv, en 2026, il existe 12 fauteuils roulants de basketball. Je ne parle pas des régions — je parle de Kyiv. C’est une crise et en même temps une priorité : nous n’avons pas de production de masse, et nous sommes contraints de chercher et d’acheter à l’étranger.

Autre exemple : à Tokyo, j’ai découvert une technologie remarquable — des traceurs pour personnes malvoyantes de la société Ashirase, qui s’insèrent dans les chaussures et se synchronisent avec le smartphone. La personne indique son itinéraire, et si elle s’en écarte, le traceur signale par vibration la direction à corriger. Cela simplifie considérablement la logistique et sécurise la personne. Une chose simple — et nous ne l’avons pas. Des lunettes qui lisent les informations par caméra et les transmettent aux écouteurs sont également en cours d’expérimentation. Nous nous dirigeons clairement dans cette direction et nous allons revoir la liste des aides techniques vers plus de sophistication technologique, car une partie des dispositifs actuellement pris en charge par l’État relève d’une philosophie du passé.

Nous avons également mis en place un programme d’État, avec le soutien financier de la Croix-Rouge, dans le cadre duquel nous versons aux vétérans ayant perdu totalement la vue des fonds ciblés pour l’achat d’équipements techniques spéciaux — appareils électroménagers « parlants » pour la cuisine. Ce programme a été précédé d’une enquête approfondie sur les besoins. C’est un large champ d’investigation et de développement, si des technologies d’assistance modernes répondant aux besoins réels font leur apparition sur notre marché.

PARTIE 2. Le marché des prothèses

 

— Quel est le rôle du Ministère dans la coordination du secteur des prothèses et quelles réformes sont en préparation ?

Historiquement, l’organe principal chargé de mettre en œuvre la politique en matière de prothèses est le Ministère de la Politique sociale. Mais aujourd’hui, une feuille de route a été élaborée et approuvée par décision du gouvernement pour la réforme du secteur des prothèses : de larges discussions sont en cours, des modifications législatives sont en préparation. Notre position : le principal coordinateur de l’ensemble du processus doit être le Ministère de la Santé ; certaines composantes techniques peuvent rester dans différents ministères, mais il ne doit y avoir qu’un seul pilote.

— Quel est le parcours d’un vétéran de l’amputation à la prothèse ? Quelle est la durée de la réhabilitation et quelles en sont les principales limites ?

La durée du processus de réhabilitation est extrêmement individuelle — pour certains, ce sont deux semaines, pour d’autres, vingt ans. Il n’existe aujourd’hui de statistiques précises nulle part : le système électronique de santé n’identifie pas les militaires ni les vétérans. Nous avons donc conclu des accords politiques avec le ministre de la Santé Viktor Liachko sur l’intégration du système de santé et du Registre national unique des vétérans de guerre. Des files d’attente électroniques distinctes pour les vétérans et des bases de données sur les pathologies, le nombre de cycles de réhabilitation et leur efficacité seront ainsi créées.

Aujourd’hui, il est possible d’effectuer jusqu’à 28 cycles de réhabilitation par an, et en cas de besoin justifié, cette limite ne s’applique pas. Dans le projet de soins médicaux de longue durée, nous ne fixons aucune limite de temps — l’objectif est de passer des schémas formels en nombre de jours à une approche orientée résultats.

Le réseau de centres de réhabilitation en Ukraine se développe activement et se décentralise — c’est une priorité définie à la fois par le Président de l’Ukraine et par la stratégie de la politique en faveur des anciens combattants. Mais les besoins demeurent : insuffisance d’équipements techniques dans les établissements médicaux, manque d’équipes multidisciplinaires — en particulier de médecins spécialistes en médecine physique et de réadaptation, d’ergothérapeutes, d’orthophonistes — ainsi que la qualité des locaux dans lesquels se déroule la réhabilitation. Les centres de premier plan donnent la priorité aux militaires en service actif ; les vétérans passent en second. Le développement du réseau est donc notre priorité absolue.

Le second axe est la santé mentale. La motivation personnelle est cruciale en réhabilitation. La semaine dernière, nous échangions avec Olha Roudnieva, directrice du Superhumans Center, qui nous a décrit la philosophie de leur travail : un jour, un nouveau rééducateur a voulu ramasser la béquille qu’un soldat avait laissé tomber pendant l’entraînement — et le soldat lui a dit : « Qu’est-ce que vous faites ? Je n’y arriverai jamais comme ça. » Chacun doit comprendre : si tu ne travailles pas, tu ne te remettras pas sur pied. La motivation, c’est avant tout la santé mentale et l’état psycho-émotionnel — d’où l’importance cruciale d’un travail efficace des psychologues. Ils sont encore trop peu nombreux, mais la dynamique est positive : depuis le 1er janvier 2026, une loi sur les principes fondamentaux de la santé mentale est en vigueur, le domaine est coordonné de manière globale par la Première Dame, et la psychologie est devenue la troisième spécialité la plus prisée des candidats lors de la dernière campagne d’admission universitaire.

Des difficultés surgissent également avec les traumatismes combinés. Appareiller un soldat avec une prothèse est un type de défi ; appareiller un soldat qui a également perdu un bras en est un autre ; appareiller un soldat qui a perdu la vue relève du niveau supérieur. L’utilisation de drones FPV et d’armes modernes produit précisément ce type de traumatismes complexes et combinés. Le défi ne cesse d’évoluer.

— Comment est financée l’acquisition des prothèses et quelle est la procédure d’accréditation d’un fabricant étranger ?

Avant l’invasion à grande échelle, le secteur de la contractualisation dans le cadre des programmes d’État était très réglementé — seul un petit nombre d’entreprises étaient sous contrat. Depuis, tout a été mis en œuvre pour garantir un marché aussi ouvert que possible. Toutes les exigences pour la contractualisation sont définies sur le site du Fonds de protection sociale des personnes handicapées, qui est l’administrateur du programme d’État et assure le financement des services. Toutes les exigences ont été simplifiées au maximum : les dispositifs doivent évidemment disposer des certifications de qualité correspondantes, et les critères déterminants sont la qualité des produits et le prix. Si en 2022 l’accompagnement de la contractualisation d’une entreprise polonaise suscitait encore des difficultés, aujourd’hui il n’y en a plus du tout. Je précise que l’État ne paie pas le dispositif — il paie la réhabilitation, c’est-à-dire la pose de la prothèse, la maintenance garantie et le processus de réhabilitation après la pose du dispositif.

S’agissant des types de dispositifs, tout dépend exclusivement des recommandations de l’équipe multidisciplinaire qui analyse chaque cas particulier. En leur temps, les prothèses bioniques n’ont pas toujours répondu aux attentes — beaucoup ont compris dans la pratique que la prothèse mécanique est parfois plus simple mais bien plus efficace. L’État prend en charge tout type de dispositif. Les valeurs maximales sont définies, et les entreprises de prothèses opérant en Ukraine s’accordent à dire qu’elles sont très élevées — il n’y a donc pas de déficit financier. Par exemple, la valeur plafond d’une prothèse bionique du membre supérieur prise en charge par l’État s’élève à 4,2 millions de hryvnias.

En ce qui concerne la prise en charge financière : si la personne est appareillée dans une entreprise ayant conclu un contrat dans le cadre du programme d’État, les frais sont intégralement couverts par le budget de l’État. D’autres modèles existent — par exemple le Superhumans Center, qui fonctionne entièrement sans financement public, en faisant appel à des investissements de donateurs. Nous ne l’interdisons pas, mais je précise que notre position est que l’État doit intégralement couvrir tous les frais liés à la pose des prothèses.

PLUS D'ACTUALITÉS

Partager cette page Partager sur FacebookPartager sur TwitterPartager sur Linkedin
Fermer

Devenez SPONSOR des événements majeurs de la CCIFU